Les mystères de la femme (Woman mysteries)

J’ai exhumé ce livre de ma bibliothèque à l’occasion de la journée des droits de la femme. Je venais de discuter par mail avec une scientifique, pour une publication professionnelle, et celle-ci me soutenait que LA femme n’existait pas et que je devais écrire des femmes ou encore des droits de la femme, comme je l’ai fait plus haut… Il y a certes un risque à vouloir considérer « la femme » comme un être abstrait et général, le premier étant de ne plus voir les  détails de la vie courante où l’égalité a besoin d’être crée ou renforcée, différence de salaire, garde d’enfants, carrière ralentie par les naissances au profit des collègues masculins, etc.  Mais, pour ce qui est de la compréhension de la psychologie respective des hommes et hardingdes femmes, la recherche de certains traits généraux de caractères, invariants et souterrains dans l’histoire des sociétés humaines, j’aurais pu parler d’archétypes, ne peut que nous rendre service, dans  nos vies de couples ou professionnelles. Mon interlocutrice avait à la fois tort et raison, pas « la femme », mais des archétypes féminins actifs, dénombrables (pas au sens mathématique du terme, mais de la vie courante) et qu’il importe de bien connaître et d’étudier, comme l’a fait Esther Harding, qui a écrit ce livre en 1953.    Mary Esther Harding, est née à Shropshire, en Angleterre en 1888 et elle est décédée en 1971. C’ est une psychologue jungienne américaine d’origine britannique,  ancienne élève de Carl Gustav Jung, fondateur de la psycho-analyse. Jung a écrit la préface de cet ouvrage.  Il y insiste sur le rôle des archétypes et sur le formidable travail de recherche et de classification auquel s’est livrée l’auteure dans ce livre, tant dans le domaine de la mythologie, que dans l’étude des sociétés antiques ou primitives. Sans ces connaissances, le psychologue ou psychanalyste freudien se trouverait dans la situation d’un promeneur nocturne, qui ayant entendu du bruit, scruterait la forêt voisine à la lueur de sa lampe de poche. Qu’y (ou qui) verrait-il ?  Quelques buissons, quelques troncs, puis l’obscurité, menaçante ou tout au moins déroutante. Pour mieux comprendre celle qui partage vos jours, ou mieux comprendre pourquoi vous ne la comprenez pas toujours, mais n’est-ce-pas là une  condition nécessaire à l’amour conjugal, la lecture de Woman mysteries vous éclairera, du moins je l’espère : Prêtres et prêtresses de la lune, Isis et Osiris, Ishtar chez les hindous, héroïnes des tragédies grecques, Esther Harding répertorie et analyse tous les mythes sous un éclairage essentiellement féminin. Elle accorde une attention particulière au culte de la déesse lune : « Pour les anciens, comme pour les primitifs, la lumière de la lune était son pouvoir fertilisant. Les rayons de la lune qui tombaient sur une femme endormie… pouvaient engendrer une vie nouvelle en elle, si elle désirait être fécondée ».  Les prêtresses, vierges ou vestales de ce culte étaient souvent des courtisanes sacrées qui se donnaient à des inconnus. Le sens premier du mot vierge étant ici qu’elles ne pouvaient se marier, et « ni leur sexe, ni leurs attraits, ni leur amour n’avaient pour objet leur propre satisfaction ou les buts ordinaires de l’existence humaine ». Esther Harding cite également Hérodote qui rapporte une coutume babylonienne qui « oblige toutes les femmes de ce pays à se rendre au temple une fois dans leur vie, pour y avoir des rapports sexuels avec un inconnu. Les hommes passent et font leur choix… »  Les femmes sacrifient ainsi l’usage personnel et le contrôle de leur  puissance féminine dans le Hiéros Gamos, mariage sacré, union sacré avec la divinité. D’autres rites sont plus terribles encore, ainsi la première prêtresse de la lune faisait,  chez les Celtes, office de bourreau lors des sacrifices humain, égorgeant ses victimes au dessus du chaudron sacré, qu’Esther Harding identifie au Graal. Il n’est bien sûr pas possible de détailler ici toutes les informations contenues dans cet ouvrage, dont la lecture est indispensable à celui ou celle qui veut se consacrer à l’étude de l’oeuvre de Carl Gustav Jung.

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Indécence manifeste

 

Le romancier suédois David Lagercrantz est plus connu pour avoir repris
le flambeau de la série Millénium. Il s’est livré ici à un travail de documentation très poussé, étudiant notamment la correspondance de Turing, pour nous donner une version certes romancée, mais très fouillée de  l’affaire Turing. Condamné pour Indécence manifeste, selon le terme consacré du code pénal de 1885 (qui avait autrefois servi à condamner Oscar Wilde), Alan Turing avait préféré la castration chimique par injection d’oestrogènes à la prison… Une méthode qui ne reposait à l’époque sur aucune étude médicale sérieuse et qui était simplement cautionnée par l’échec de la méthode inverse, l’injection d’hormones masculines par le Dr. Glass à Los Angeles en 1944 !indecence-turing

Le matin du mardi 8 juin 1954, Leonard Corell, jeune inspecteur de police du commissariat de Wilmslow, dans la banlieue de Manchester, se rend dans une petite maison près de Brown’s Lane. Là sur le lit, il trouve la dépouille du Docteur Alan Mathison Turing, professeur à l’Université de Manchester, qui gît sur le dos, de l’écume blanche aux lèvres. Le médecin légiste conclut à un suicide, mais certains détails intriguent le jeune inspecteur, ancien de King’s College à Cambridge. Pourquoi ce montage électrique bizarre pour chauffer la casserole remplie de cyanure ? Pourquoi un suicide en 1954 alors que le traitement hormonal s’était terminé un an plus tôt et qu’aux dires de son psychiatre, le Dr. Franz Greenbaum, Alan Turing s’était bien remis de cette épreuve ? Pourquoi le mathématicien avait-il réservé un créneau de calcul pour le mercredi suivant sa mort ? Qui sont ces hommes qui surveillaient son domicile ?
Autant de questions qui vont pousser le jeune inspecteur, qui lui aussi à été un
surdoué en mathématiques, à fouiller davantage… et à approfondir au passage quelques énigmes mathématiques, comme le problème du menteur, la croissance des tâches des léopards, ou la mise au point des premiers calculateurs, ces cerveaux électroniques, qui selon le Dr. Turing pourraient bientôt penser et que l’on pourrait élever comme des enfants. La scène entre Corell et  Krause, logicien à Cambridge, où ce dernier, devant une pinte de bière, expose à l’inspecteur la crise que viennent de traverser les mathématiques, dont l’édifice a été ébranlé par Gödel pour la complétude et par Alan Turing pour la décidabilité est vraiment remarquable. On y voit Alan Turing porter la contradiction à Wittgenstein, dans son cours informel sur les fondements des mathématiques… Là où le philosophe, très limité en maths (« il faut dire que Wittgenstein n’a jamais rien compris aux mathématiques »), ne voit qu’une plaisanterie, Turing en visionnaire anticipe déjà l’informatique, grâce à l’outil formidable, la machine de Turing, qu’il a développée pour son article Computable Numbers (les nombres calculables), où
il résout le problème de l’indécidabilité (Entscheidungsproblem) ! Encouragé par cette amitié naissante avec Krause, Corell va s’entêter dans ses
investigations, alors que ses supérieurs veulent lui retirer le dossier, trop sensible :
en effet, l’enquête se déroule dans les décors de l’Angleterre des années cinquante,
sur fond de guerre froide et d’espionnage, avec en filigrane le spectre de l’affaire
Burgess-MacLean et du groupe des cinq de Cambridge.

Superbe roman, à la fois thriller et initiatique qui fait découvrir au lecteur les mondes fascinants de la logique, des mathématiques, et de l’informatique (la vraie, celle de Donald Knuth, de Turing, pas celle des tableurs excel…) .

Vue Cavalière (The Spectator Bird) de Wallace Stegner

Ce roman de Wallace Stegner (1909-1993) a reçu le National Book Award en 1972. Le titre français est, comme souvent, sans rapport avec le roman, alors que le titre américain nous plonge au cœur de ce magnifique roman fait d’aller-retours entre la vie calme de deux retraités en Californie, Joe et Ruth Allston, et leurs souvenirs d’un séjour qu’ils firent au Danemark en 1953 : « De gros bouvreuils se coulent les uns auprès des autres, des colombes écervelées fourragent dans l’herbe, le champ d’à côté se couvrent soudain de rouges-gorges qui arrivent telles des feuilles amenées par le vent… » Chez Stegner, la nature n’est jamais bien loin des passions et des sentiments, et ce cher vieux Joe Allston, le « héros » du roman, anti-héros faudrait-il dire, est porté à s’émerveiller de toutes les choses simples qui l’entourent, et qui lui feraient presque oublier cette douleur irradiante dans sa poitrine, problème cardiaque ou remords à la suite du décès de son fils Curtiss, qu’il n’a jamais bien compris et qui avait quitté le domicile familial …

Jim Harrisson voyait en Stegner le précurseur de ce nouveau courant naturaliste de la littérature américaine, tournée vers l’ouest, les grands espaces et les pionniers. C’est certainement vrai, mais personnellement, je préfère ses romans plus intimistes, comme celui-ci, ou encore La vie obstinée, où l’on retrouve d’ailleurs Joe Allston. Le Danemark y remplace l’ouest américain en toile de fond, toile devant laquelle se dessine une de ces magnifiques héroïnes, croquées par Stegner, comme il en a le secret : la comtesse, Astrid, apparentée à Karen Blixen, que l’on croise d’ailleurs dans le roman. Mais le mystère règne, pourquoi ses compatriotes danois s’éloignent-ils de cette femme comme d’une pestiférée ? Est-ce simplement à cause du passé de collaborateur de son mari comme elle le prétend, ou bien y-a-t-il un autre secret de famille plus terrible chez les Rødding ? stegner-bird

C’est lors d’un voyage qui les conduira à au château ancestral d’Ørereby, demeure des Rødding  que Joe en aura la révélation. La narration du passé, est ici magnifiée par ces constants aller-retours avec le présent du couple formé par Joé et Ruth, qui le soir dans leur chambre, lisent le journal retrouvé, à la demande expresse de Ruth, Joe qui rechigne parfois à livrer son journal intime, déballe ses secrets et ses peines, dans une lecture qui est aussi une thérapie. Pour sa femme Ruth aussi d’ailleurs, car elle est taraudée depuis des années par une question : y-a-t-il eu une aventure entre son mari et Astrid, cette année là au Danemark ? Joe aussi n’a jamais pu l’oublier, même s’il s’est comporté en homme raisonnable : « Elle leva son visage vers moi et me laissa trouver ses lèvres. Elle passa les bras autour de mon cou. Pendant une ou deux secondes, nous fûmes réunis, soudés, vulcanisés l’un à l’autre. Puis ses mains me repoussèrent et je ne tentai pas de la retenir. »

Magnifique, tout simplement …

En lieu sûr (Crossing to Safety) de Wallace Stegner

L’éditeur Gallmeister, dans sa collection Totem, nous donne à relire le magnifique roman de Wallace Stegner, paru en 1987, et très bien traduit par Eric Chédaille. Un CVT_En-Lieu-Sur_5256roman de maturité, écrit par Stegner (1909-1993) dans sa vieillesse, empreint de calme, à l’image de la forêt qui entoure la maison de campagne de Syd et Charity Lang, le couple ami de Larry et Sally Morgan. Cette maison de famille des Lang, dans le Vermont, sera un point fixe où se développera  une amitié indéfectible et comme prédestinée  entre ces deux couples. Le Roman embrasse une quarantaine d’années, Les Lang et les Morgan, qui sont pourtant d’origine sociale très différente, se rencontrent en 1937, dans une « petite » université, à Madison, capitale de l’état du Wisconsin (plus de deux cent milles habitants aujourd’hui tout de même…) . Sans famille et sans fortune, les Morgan, elle et lui, ont vécu très chichement les premières années de leur vie. Les mwsteg2parents de Larry sont morts dans un accident d’avion, et Sally ne connaît pas son père. Ces deux-là sont seuls dans la vie. Larry fait partie de ceux qui n’ont « que leur salaire », comme le souligne maladroitement un de ses collègues universitaires… Larry et Charity Lang, quant à eux, sont issus de la haute bourgeoisie américaine et n’ont eu aucun souci financier. Ils ont fait leurs études à Harvard, alors que Larry vient de Berkeley. A priori tout sépare ces deux couples. Mais là où aurait pu naître la jalousie ou le mépris, c’est l’amitié et l’amour qui vont se développer et c’est ce qui rend ce roman si attachant.

Le roman est largement autobiographique, puisque Wallace Stegner, d’origine provinciale (Iowa, puis Utah) a fini par être professeur à Stanford puis Harvard. Enseignant réputé, il a compté parmi ses élèves Raymond Carver et McGuane. Du point de vue du style, c’est dire si le roman est parfait. Simplicité, et pourtant richesse du vocabulaire, personnages ciselés, tant du point de vue psychologique que social, tout y est. On sent vraiment un professionnel de la littérature au travail, et on ne boude pas ce plaisir. Pas de remplissage creux ici au long de ces 400 pages, comme dans certains romans américains plus récents, où le fait d’allumer une cigarette et de boire un verre suffit parfois à remplir une page entière… Le livre est d’une variété époustouflante . Stegner est aussi à l’aise pour décrypter les codes complexes de la vie universitaire, que pour décrire la beauté de la nature environnante qui submerge Larry par moments : « Après le départ des invités, la soirée se terminait généralement par une promenade aller et retour sur la route ou un tour en canoë sur les eaux noires du lac, sous l’immense coupole étoilée, ou bien encore une baignade aussi revigorante qu’un traitement par électrochocs ». Un autre thème du roman est indéniablement l’amour conjugal, ce que ne dément pas la vie de l’auteur, qui épousa  Mary en 1934 .   Wallace Stegner accueille dans ce livre la vie avec bonheur, cueillant ses fruits, amour et amitié, même si elle conduit inéluctablement à la maladie et à la mort. La dureté de la condition humaine conduit chez Wallace Stegner à l’espérance.

 

SUMMER

D’abord, il y a le Lac, avec une majuscule, qui est bel et bien un personnage à part entière de ce beau roman de Monica Sabolo. Qu’on l’appelle le Léman, ou de Genève, il est ici omniprésent, et même parfois menaçant : « J’entends dans l’obscurité le lac qui bruisse. Sa surface est luisante comme celle d’un miroir mystérieux. » Quel mystère cache-t-il ? Quel secret de famille dissimule-t-on au jeune Benjamin, à propos de la disparition de sa sœur aînée Summer ? Tout le monde semble au courant, même Jill, son amour de jeunesse retrouvé, une ancienne amie de sa  sœur disparue… A l’époque, la vie sur les rives du lac s’écoulait doucement, dans une ambiance chic et feutrée, digne de Scott Fitzgerald, ambiance que Monica Sabolo excelle à  reconstituer, comme dans son précédent roman Crans Montana. « Il ne se passait jamais rien d’inconvenant, tout était civilisé, les couples semblaient amoureux ». Rien d’inconvenant, voire ? C’est ce que pense Benjamin, ou du moins ce qu’il s’efforce de croire , tout en essayaCVT_Summer_6692nt de résister à sa famille, à son père ambitieux, et à sa mère si peu présente. Est-ce vrai qu’on a vu un ami de la famille plonger la main dans le dos décolleté de la  robe bustier de sa mère, comme le prétend Jill ? Summer git-elle sous la surface du lac, dévorée par les poissons, ou bien a-t-elle fugué pour échapper à sa famille ?  Monica Sabolo signe ici un roman angoissant, que l’on ne peut reposer avant d’avoir lu la dernière page !

Sigma

Ce n’est pas un signe de sommation mathématique, mais le nouveau roman de Julia Deck, qui nous fait pénétrer dans le domaine de l’art moderne, avec cette étrange organisation, Sigma, chargé de « neutraliser » certains artistes et d’étouffer leur rayonnement. Que dire ? Eh bien, les « anciens » lecteurs de Julia Deck, ceux qui aimaient ces extraordinaires personnages de femmes perdues et déjantées, comme l’étrange Viviane Elsigmaizabeth Fauville, seront sans doute un peu déçus, faute de trouver dans ce livre une héroïne à qui s’attacher…  Déjà, Julia Deck dans le triangle d’hiver avait éparpillé notre attention, entre Mademoiselle et son double. Ici, la multiplicité des personnages déroute le lecteur et il est difficile d’éprouver de l’intérêt pour une organisation secrète, bien que le style alerte et percutant de la romancière soit toujours présent… Attendons donc le prochain opus !

Souvenirs dormants (à la mémoire d’un ange)

J’ai tardé à pousser la porte de la librairie pour acheter le dernier livre de Patrick Modiano… Peut-être que je préférais garder la perspective de cette lecture le plus longtemps possible, avant que ce livre ne rejoigne les autres, dans la bibliothèque que j’ai fait aménager chez nous dans une ancienne alcôve.  Toujours les mêmes émotions, comme quand je reprends la lecture d’un amour de Swann après quelques mois. « Si l’on pouvait revivre au mêmes heures et aux mêmes endroits  dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu mais le lire beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts… ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… »  Que dire de plus ? Avec le temps, les romans de Patrick Modiano deviennent de plus en plus déconstruits, comme si ça mémoire s’estompait… Dans celui-ci, on ne trouvera pas une histoire qui se déroule d’un début à une fin, certes souvent hypothétique ; les personnages changent. La dernière femme avec qui l’auteur, le « je » de cette auto-fiction, s’affiche, ou plutôt se cache n’est même pas nommée, car elle pourrait avoir des ennuis avec la justice… Le seul fil directeur du roman semble être ces anciens panneaux d’affichage lumineux qui existaient autrefois dans le métro, et vous indiquaient par une suite de petites lumières rouges votre itinéraire sur la carte :  » J’espérais qu’entre eux et « Madame Hubersen » apparaîtrait une ligne lumineuse comme celle – verte, rouge ou bleue – qui indiquait les stations et les correspondances si l’on voulait aller de Corvisart à Michel-Ange-Auteuil ou de Jasmin à Filles-du-Calvaire. »    Il y a quelques jours, comme je patientais dans une vieille demeure de Chambéry, ( la Savoie, oui, normal quand on écrit sur Patrick Modiano), j’ai ouvert la porte d’un placard. La pièce est ovale et la porte du placard, recourbée par un ébéniste, épouse parfaitement la forme des murs. Là dorment des livres qui ont appartenu à F. B., aussi connu sous le nom de Serge Varnov, et dont la vie pendant la dernière guerre m’a toujours fait songer aux héros un peu troubles qu’affectionne Patrick Modiano.  En parcourant les rayonnages en désordre, je me suis arrêté sur un roman un peu défraichi de la NRF, A la mémoire d’un ange, de Gabriel Veraldi. Un livre publié en 1953, et dont l’action, si l’on peut parler d’action,  se déroule à Vichy.  Ce livre s’ouvre sur une citation peu connue d’Evariste de Parny « Hier au soir il est parti Pour aller voir dans l’autre monde Ce qu’il faut croire en celui-ci ». Le  roman de Veraldi préside à la rencontre du héros de Modiano avec Geneviève Dalame, car il y a presque toujours la silhouette indistincte d’une femme mystérieuse dans ses romans : « … un soir où je lui avais offert le dictionnaire des sciences occultes de Marianne Verneuil et un roman où il était question d’ésotérisme, A la mémoire d’un ange, elle m’a proposé de la raccompagner… » . Ainsi donc, Modiano avait tenu le m80261-30ême livre en main, et sans doute l’avait-il lu ou feuilleté, et soudain j’ai compris ce qui m’avait accroché quand j’avais vu ce livre.  Dans son livre, le même roman est d’ailleurs aussi présent dans la bibliothèque de Madeleine Péraud qui éprouve une passion un peu trouble pour Geneviève, peut-être comme la Lucie de Gabriel Veraldi, mais en moins perverse ? Peut-être cela vous donnera-t-il envie de redécouvrir Veraldi. A la mémoire d’un ange était son premier roman. Veraldi est un pseudonyme, mais pouvait-il en être autrement. Wikipedia nous apprend que Gabriel Veraldi, né William Schmidt, est un écrivain et un traducteur suisse, auteur de romans et d’essais, né en 1926, une vingtaine d’années avant Jean-Patrick Modiano. La photo date de 1954. Pour le livre, il faudra vous promener chez les bouquinistes, un plaisir « modianesque » s’il en est …