Andromaque à vélo

Oui, d’accord, j’ai pompé sur Alceste à bicyclette, mais n’est-ce-pas naturel que de pomper avant d’enfourcher son vélo ! Tout ceux qui le pratiquent en montagne, lors de longues ascensions de cols, savent que les pensées vagabondent dans la tête. Je connais des cyclistes qui se récitent des Mantra en pédalant, d’autres qui écoutent de la musique, d’autres qui pensent à leur travail… Moi, cette  année, grâce à Fabrice  Luchini,  et à son livre Comédie française, ça a débuté comme ça, j’ai redécouvert Racine. J’ascensionne les cols en déclamant ses vers à voix haute, et plus d’un cycliste a dû me prendre pour un barjo…

« Je fais ce que tu veux, je consens qu’il me voie

je lui veux bien encore accorder cette joie

Pylade va bientôt conduire ici ses pas

Mais si je m’en croyais, je ne le verrais pas ».

Eh oui, c’est Hermione, au début du deuxième acte. Pourquoi ai-je choisi d’apprendre par coeur  (vous savez faire un oe entrelacé sur wordpress ?)  cette scène entre deux femmes, Hermione et sa confidente Cléone ? Peut-être parce qu’Hermione est de loin celle qui dégage le plus de testostérone dans cette tragédie ! Normal, c’est la fille de son papa, Ménélas le spartiate, qui a mis Troie à feu et à sang  parce que Paris lui avait piqué sa meuf (à mon avis, Hélène n’a pas été enlevée. Elle est partie parce qu’elle en avait marre de ce tas de muscles qui la sautait tous les soirs. Ce qu’elle voulait, elle, c’était de la romance, et Paris savait s’y prendre, lui). Bref, tel père, telle fille : Hermione va semer la discorde et la guerre dans le palais de Pyrrhus, et pourquoi ? Par amour, non pas. Par amour propre car la belle déteste qu’on lui résiste ou qu’on l’ignore :andromak.jpg

« Quelle honte pour moi, quel triomphe pour lui, de voir mon infortune égaler son ennui ».

et crescendo, jusqu’au terrible « Il en va de ma gloire » !  Alors là, il faut changer de braquet et passer sur la plaque (le grand plateau pour les non initiés) !  Sur mon vélo, je m’interroge : Pour les ados d’aujourd’hui est-ce-que Hermione n’est pas uniquement un personnage des aventures de Harry Potter ? Pourtant les critiques s’accordent sur la simplicité du vocabulaire de Racine, et  sur les facilités qu’il s’accorde parfois dans la versification : il a osé, lui, faire rimer reste avec Oreste, et ajoute des interjections quand cela l’arrange pour la longueur des vers :

Eh bien, Madame,  eh bien, écoutez donc Oreste

Pyrrhus a commencé, faites au moins le reste »

Il n’est pas à une cacophonie près : « Et qu’est-ce-que sa vue à pour vous de funeste ? » Kesskessavu ? Tout cela plaide en faveur d’une approche possible au collège ou au lycée… On peut rêver d’un monde où, au lieu de croiser des gens discourant avec leur téléphone, on verrait des passant récitant de la poésie ou du théâtre ! Je vous laisse sur ces cogitations cyclotouristes. Si vous croisez un cycliste qui déclame des vers de Racine, pas d’inquiétude, il n’est pas dangereux.

 

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