Sylvie

Quel bonheur de lire ou relire un « classique », d’échapper ainsi aux modes et à l’agitation, même s’il s’agit de celle, plutôt sympathique de l’actualité littéraire. Ce vieux livre gisait, tout écorné, dans les rebuts de la bibliothèque où de jeunes mains sacrilèges l’avaient relégué ! De nos jours les centres de documentation, ou CDI comme on les nomme, sont plus des lieux d’activités diverses que de lecture et peut être bientôt n’y aura-t-il plus de livres dans ces anciennes bibliothèques… ou alors, un seul, peut-être, sous un globe de verre, pour montrer aux élèves comment s’était « avant » !  Bref, pour faire de la place, ce tome premier des oeuvres complètes de Gérard de Nerval, publié chez Garnier Frères à Paris en 1957, s’était trouvé éjecté des rayonnages.

sylvie

J’étais passé « à côté » de cette oeuvre il y a plus de quarante ans, alors qu’elle était au programme des classes de maths-sup : l’ambiance du cours de lettres n’était pas à l’approfondissement. mes « con-disciples » ne se cachaient pas pour faire des mathématiques sans écouter ce que leur racontait le pauvre prof de lettres assis à son bureau. Ce dernier, Monsieur D, que j’avais rencontré quelques années plus tard, ne m’avait d’ailleurs pas caché combien cette année d’enseignement comptait parmi ses plus mauvais souvenirs !    Soucieux, comme Marcel et Gérard,  de rattraper le temps perdu, je me suis plongé dans la relecture de Sylvie, pièce maîtresse du recueil « Les filles du feu et les chimères ».  Plaisir de la découverte des paysages enchantés du  Valois , à quelques lieux de la capitale, où le jeune « parisien » venait retrouver ses ami(e)s à l’occasion des vacances. Même si Nerval a brouillé les pistes,  remplaçant Mortefontaine par Montagny à l’occasion,   la description de la région,  de ses villages et  de ses forêts est un vrai régal : « La vue se découvrait au sortir du bois. Nous étions arrivés au bord des étangs de Châalis. Les galeries du cloître, la chapelle aux ogives élancées, la tout féodale et le petit château qui abrita les amours de Henri IV et de Gabrielle,  se teignaient des rougeurs du soir sur le vert sombre de la forêt ».    Difficile de ne pas faire la comparaison avec les descriptions que Proust donne du pays de Guermantes ! C’est dans ce cadre merveilleux que se déroule la quête, la recherche de l’amour d’enfance perdu, Sylvie, que le héros (est-ce légitime de le confondre avec Gérard, d’ailleurs) n’a pas su, ou pas voulu, retenir, préférant rêver, papillonner autour d’une actrice  (Aurélia), ou fantasmer sur une religieuse (Adrienne) :  « Et Sylvie que j’aimais tant, pourquoi l’ai-je oubliée depuis trois ans ? … C’était une bien jolie fille, et la plus belle de Loisy ! ».  Un vrai bonheur à redécouvrir  !

 

 

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